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Karine : « Avec mon compagnon nous nous disputons sans arrêt pour ça, on est au bord de la rupture… »

Bonjour, je m’appelle Karine, j’ai 53 ans. Je suis en vie maritale (concubinage) depuis le 1 janvier 1988. Mon concubin a une activité non salariée il est agent immobilier indépendant dans une petite ville depuis le 28 août 2005. Nous avons 2 enfants rattachés à mon dossier CAF, ils sont nés en 02/2000 pour mon fils et en 01/2003 pour ma fille.

J’ai été déclarée inapte au travail et licenciée. J’étais serveuse en restauration traditionnelle. Au bout de 2 ans d’arrêt de travail j’ai été mise en invalidité (cat. 2) depuis le 1 avril 2014, je perçois donc une petite pension de 340.52 € . Je suis reconnue handicapée par la MDPH pour un taux supérieur à 50 % et inférieur à 80 %, depuis 2014 on m’a donc accordé l’AAH. Je n’ai pas droit à la PCH vu que mon taux et inférieur à 80 %. Mon AAH s’élève actuellement à 559.12 € pour cette année vu que les revenus de mon conjoint ont baissés pour l’année 2019 par rapport à 2018 où ils étaient supérieurs au plafond, ce qui à donc entrainé la suppression de mon AAH pour l’année 2020. Aujourd’hui je la re-perçois pour 2021 car les revenus de mon compagnon ont largement baissés et que notre 2ème enfant compte pour le quotient familial vu qu’elle n’a pas encore 20 ans. 

Mme Cluzel a dit que les couples ont 1/2 part supplémentaire pour le calcul de l’impôt sur le revenu mais c’est faux pour ceux qui ne sont pas liés fiscalement ! Même en concubinage on prend en compte les revenus du conjoint alors qu’il n’y a pas les mêmes avantages fiscaux. De plus, comme mon concubin est seul propriétaire de notre habitation il n’a droit à aucune exonération sur les taxes d’habitation et foncières puisque son revenu fiscal de référence est supérieur aux limites. C’est comme si on perdait des deux côtés.

Aujourd’hui je dois demander à mon compagnon si j’ai le droit de dépenser pour acheter telle ou telle chose, il assume pas mal de frais mais il n’a pas un salaire fixe chaque mois vu qu’il est indépendant et on doit faire attention à nos dépenses, nos enfants vivent à la maison et génèrent aussi des dépenses, mais comme ils sont majeurs nous n’avons plus droit à aucune aide de la CAF.

J’en ai marre de devoir demander de l’argent pour mes vêtements, mes loisirs, ou les soins qui me font du bien comme mes séances d’équithérapie ou d’ostéo, qui ne sont pas prises en charge par la sécu.

J’ai pensé fortement à me séparer, mais je ne peux pas vivre autrement que dans une maison individuelle à cause de ma dépression chronique. Je ne supporte pas de vivre en habitation collective, cela me déclenche de vives crises d’angoisse et de panique, et je ne me sens pas en sécurité dans ce genre d’habitat. De plus mes revenus ne me permettraient pas d’acheter une petite maison individuelle et je ne pourrais pas prétendre à un prêt de la banque de toute manière. Je souligne qu’en 2017 la maison de mon compagnon a pris feu, nous avons été relogés en maison jumelée et même là j’étais très mal mentalement. Heureusement nous avons eu la chance de trouver une nouvelle habitation individuelle adaptée aux personnes handicapées, car en plus d’être dépressive, je souffre de douleurs chroniques et de différentes pathologies dégénératives des articulations.

Avec mon compagnon nous nous disputons sans arrêt pour ça, on est au bord de la rupture et si je devais le faire ce serait définitivement. Ma vie ne vaux rien à ce jour et parfois j’ai envie d’en finir une bonne fois pour toute.

Je demande à ce que la loi sur la désolidarisation des revenus des conjoints passe à l’assemblé pour la raison suivante : je veux mon indépendance financière et retrouver de la sérénité.

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Sandrine : « Imaginez si je ne peux plus travailler. J’aurai l’impression de n’être qu’un boulet pour lui ! »

J’ai une RQTH* depuis peu pour un spina-bifida déclaré à ma naissance qui ne me posait jusqu’à maintenant pas de soucis dans mon travail. Il y a peu, prenant de l’âge, les symptômes se sont aggravés et m’empêchent d’assurer mon travail un certain nombre de jours par mois. Je me suis donc décidée à faire un dossier à la MDPH**. Alors même que je vais sûrement perdre sous peu mon emploi car il est incompatible avec mes soucis de santé (je travaille dans la restauration et je suis incontinente) je n’ai le droit ni à la PCH (pour mes changes complets pour adultes que je dois du coup payer de ma poche) ni à l’AAH car mon mari touche 1700€ par mois.

Cela fera donc environ 850 euros par personne et on pourrait être considéré encore comme gagnant trop ?

Je me sens dans une impasse, je travaille et participe à la vie du foyer mais plus pour très longtemps. Je vais peut-être perdre mon emploi en raison de mon état de santé qui se détériore, mon conjoint est déjà obligé de faire beaucoup d’heures supplémentaires pour combler mes arrêts de travail fréquents. Comment parviendrons-nous à boucler les fins de mois ?

Tout ça joue beaucoup sur mon moral, je suis parfois dans un état dépressif.

Imaginez si je ne peux plus travailler. J’aurai l’impression de n’être qu’un boulet pour lui qui n’a qu’un salaire de 1700 euros ! Je pense que ce sera compliqué de garder notre maison…

*RQTH = Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé

**MDPH = Maison départementale des personnes handicapées

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Patrice : « C’est elle qui me demande de lui acheter ce dont elle a besoin, et j’ai l’impression d’être son tuteur légal »

Je m’appelle Patrice, et j’ai rencontré Nathalie sur internet. Nathalie est handicapée à 80%, elle avait un travail aménagé dans un ESAT à Créteil. Elle percevait l’AAH à taux plein. Même si c’était compliqué, elle était relativement autonome. Elle allait en bus à son travail et faisait les courses pour ses enfants.

J’habite Aix en Provence, et au bout de quelques mois, on décide de vivre ensemble. Nathalie quitte tout pour s’installer avec moi. Suite à cela, comme je gagne ma vie correctement, Nathalie perd l’intégralité de son AAH et se retrouve sans ressource, complètement à ma charge.

Notre couple n’est pas à plaindre, mais…

j’ai la désagréable sensation d’être une sorte de despote éclairé. Je dois gérer tout ce qui la concerne, les achats de ses produits essentiels (vêtements, savon, dentifrice, serviettes hygiéniques…) C’est elle qui me demande de lui acheter ce dont elle a besoin, et j’ai l’impression d’être son tuteur légal, libre d’accepter ou de refuser selon mon bon plaisir.

Des fois, sa famille lui fait des cadeaux, et elle voudrait m’inviter au restau, et je refuse qu’elle dépense le peu d’argent qu’elle a, pour moi. Mais, je déteste ce rôle. Elle devrait pouvoir faire ce qu’elle veut.

Cela biaise notre relation, elle n’a plus aucune liberté. Ce qu’elle peut faire ou non dépend totalement de moi.

Tout cela induit une vraie relation de dépendance qui ne devrait pas exister. Et je trouve que cela impacte sa condition personnelle.

Elle ne sort quasiment plus, elle doit me demander pour aller quelque part.  Elle a perdu toute liberté.

C’est très bien que l’État aide les personnes qui ne peuvent pas travailler. Mais ça me révolte que ce même État ajoute une condition : «vivre seul».

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Marie : « Une vie bloquée sur pause »

Je touche l’AAH depuis 2008, après avoir été reconnue handicapée à plus de 80% par la MDPH à la suite d’un grave accident de voiture. Je ne peux plus travailler qu’un quart de temps, je suis donc bien consciente de la chance que j’ai d’être en France et de pouvoir bénéficier de cette aide sans laquelle je ne pourrais pas vivre.
Mais au niveau vie sentimentale c’est une autre histoire :

Je n’ai jamais pu m’installer officiellement avec un homme puisqu’à partir du moment où je vivrais sous le même toit qu’une personne du sexe
opposé gagnant 1800€ nets par mois, la CAF considérerait que c’est à cette personne de subvenir à mes besoins.

Pratique pour débuter une relation ! Tu m’aimes ? Tu es capable de voir au-delà de mon handicap et de vivre avec ? Ok, je vais vivre à tes crochets alors ! Adieu à ma dignité…

À 37 ans je n’ai donc toujours pas construit de foyer par peur de devenir complètement dépendante de mon conjoint. Je me sentirais redevable de cette personne et notre relation ne serait ni équilibrée ni heureuse.

Il est déjà difficile d’accepter d’avoir un handicap mais quand la société nous rappelle quasi-quotidiennement qu’on n’est finalement qu’un poids, c’est mission impossible. Bonne chance pour trouver le bonheur et avoir un minimum d’estime de soi !

Je rêve que l’AAH soit enfin déconjugalisée !

Depuis que j’en dépends, j’ai l’impression que ma vie a été mise sur pause : je ne peux pas construire de famille, je ne peux pas avancer « normalement » avec un partenaire. Alors que les années, elles, défilent !

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Pauline : « Aujourd’hui je demande que la loi passe, pour que je retrouve ma liberté, ma dignité et mon autonomie financière. »

Je me présente Pauline 26 ans, je suis atteinte d’un handicap moteur de naissance.

Aujourd’hui,

malgré ma détermination et mon acharnement pour trouver un emploi dans mon domaine, rien n’y fait,

sauf quand je ne mentionne pas que j’ai une RQTH*, je ne suis pas prise en entretien. Mais voilà, mon handicap reste visible et je ne peux le cacher bien longtemps. 

Je fais face à beaucoup de préjugés et pour trouver un emploi, c’est compliqué.

Aujourd’hui, malgré mon BTS, je me suis résignée à faire une demande à la MDPH pour travailler en ESAT** : pour pouvoir avoir une chance de ne dépendre financièrement de personne. Malheureusement, le temps d’attente est très long pour avoir un poste de travail en ESAT.

Aujourd’hui, je vis en concubinage avec mon ami depuis septembre 2018. J’étais très heureuse, car la MDPH venait à cette époque, après un long combat, d’accepter ma demande d’AAH : Nous pouvions enfin vivre ensemble !

Sauf que du jour au lendemain, j’ai vu mon AAH fondre comme neige au soleil et aujourd’hui je me retrouve quasiment dépendante de lui, ce qui entraîne de nombreuses disputes.

Je trouve ça injuste car mon handicap, il ne devrait pas le subir.

Aujourd’hui je demande que la loi passe, pour que je retrouve ma liberté, ma dignité et mon autonomie financière.

* RQTH : Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé.

** ESAT : Établissement et Service d’Aide par le Travail.

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Lætitia : « Vivre sereinement et être libre de mes choix »

J’ai un handicap à 80 % depuis 10 ans. Je ne travaille plus malheureusement. Je ne touche pas l’AAH car mon mari perçoit une allocation « travailleur de l’amiante » depuis 2018. Je n’ai aucune ressource, je suis à sa charge, je n’ai plus de plaisir personnel car je me sens obligée de lui demander de l’argent. Pour moi, ce n’est pas une vie, je trouve ça injuste !

Le handicap en lui-même est compliqué, mais devoir être toujours à demander de l’argent, c’est usant !

Même si mon mari ne le perçoit pas comme moi, je me sens redevable tous les jours.

Je ne demande pas des millions, mais un minimum pour vivre sereinement et pour être libre de mes choix.

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Martine : « Je ne veux pas que ma fille handicapée vive la même dépendance que moi »

Bonjour, je m’appelle Martine. J’ai 59 ans, je suis reconnue travailleur handicapé entre 50 et 80 %. Je suis éligible à l’AAH, mais, mariée, mon mari a une retraire de 2300 euros donc je ne touche absolument rien. Sachant que si l’on regarde bien cela fait 1150 euros chacun en divisant par deux sa retraite, donc même pas un SMIC. Mais je ne peux pas calculer comme ça, car cet argent c’est le sien et pas le mien. Il doit donc m’entretenir et subvenir à mes besoins qui ne sont pas forcément les mêmes pour lui et moi.

Je n’ai pas la possibilité d’être indépendante et autonome dans ma vie et je me sens comme les femmes des années 50 et 60 qui n’avaient aucun droit sans leurs maris !

Il y a certainement des gens que ça ne gêne pas. Pour moi c’est une souffrance. Je me sens prisonnière de mes maladies et de mon handicap et prisonnière de ma dépendance financière, double peine.

Faute d’avoir mon propre argent je n’ai qu’un forfait téléphone à 2 euros et une carte de retrait seulement à ma banque, pas de carte de payement par dignité de ne pas demander. J’ai tout pris au moins cher, voilà ce que ça donne d’être dépendante. Demander pour ci, demander pour ça, je ne supporte pas et je préfère ne pas demander c’est pour moi une fierté et une liberté. Heureusement que je ne suis pas une femme battue ou soumise, elles doivent vivre un calvaire encore plus que moi.

J’ai commencé à travailler à 16 ans après mon BEPC dans la boulangerie familiale, mon parcours de travail s’est achevé par la naissance de mes trois enfants et je n’ai donc pas assez de trimestres pour prétendre à la retraite anticipée. Si je pouvais travailler comme avant, je ne demande que ça et donne volontiers mon handicap. Je suis courageuse. J’ai fait des ménages et j’ai été ASH en maison de retraite, des métiers physiques qui ont été le déclenchement d’une opération de hernie discale, fibromyalgie, centre anti-douleur, opération du cœur il y a trois ans et je suis encore sous traitement, hypertension, et les médocs qui me détruisent les intestins.

J’ai tenté de reprendre le travail à temps plein après mes opérations du dos, mais c’était impossible. Je n’ai pas d’autre choix que d’avoir l’AAH.

Ma dernière fille est elle aussi handicapée, une maladie de naissance génétique et orpheline. Assumer le handicap de son enfant est un parcours qui n’est pas du tout facile : la paperasse, les RDV médicaux, quand on espère enfin trouver le bon médecin et on doit répéter les mêmes choses des centaines de fois avec son enfant à ses côtés, qui aussi les vit et revit ces moments. La mise en place des besoins spéciaux à l’école, et l’administration… la bataille avec la MDPH quand l’enfant passe à l’âge adulte et comme si cela faisait disparaître sa maladie… une hérésie… une bataille de tous les jours.

Finalement ma fille travaille en tant qu’handicapée, avec des adaptations, elle vit seule et la réflexion de sa vie amoureuse et de couple est marquée par cette non individualisation de l’AAH.

Je me bats donc aussi pour elle et toutes et tous ces jeunes qui j’espère verront les choses changer dès maintenant !