Catégories
Témoignage écrit

Olivier : « Je suis un citoyen de la République Française oublié… »

J’ai 50 ans, en couple. Je suis handicapé à 80 % depuis 1997, je touchais l’ AAH. Mais depuis 10 ans, la CAF ne me la verse plus à cause du revenu de ma conjointe au SMIC ! (et pas 2500 € mensuels comme annoncé par la secrétaire d’Etat chargée au Handicap).

Je souffre d’une maladie génétique orpheline incurable et dégénérative. Cela fait 24 ans maintenant, plusieurs fois opéré, de nombreux médicaments pour me tenir en vie et soulager des douleurs. De nombreux examens à l’hôpital, mais pas n’importe lequel. Des heures de route pour aller à l’hôpital sur Paris (car à la campagne il n’y a pas assez de médecin, et très peu d’hôpitaux spécialisés). 

J’ai rencontré l’amour d’une femme, qui m’accepte et qui me soutient tous les jours. Elle vit le handicap avec moi, sans peur, sans me quitter comme je l’ai vécu par le passé.

Il y a 10 ans, nous avons voulu un enfant et après de nombreux essais, bonne nouvelle, elle est enceinte. Mais tragiquement, Ilona est morte née. Je ne m’en suis jamais remis. S’en est suivie une grave dépression.

Voilà ce qu’est notre triste vie. Pour subvenir à nos besoins, ma femme valide fait des heures supplémentaires comme une acharnée. Quand je la vois à mes côtés, c’est pour dormir, j’en peux plus. Elle me comprend, mais parfois elle en a marre ! Elle est fatiguée de cette situation, elle m’en veut et je m’en veux.

Je lui ai même proposé de divorcer afin de tricher comme beaucoup d’autres couples. Je pourrais  retoucher mon AAH dont j’ai le droit. Elle a refusé,  étant trop honnête et gentille.

 Alors je travaille, des petits boulots en intérim… J’en paye physiquement le prix ensuite.  Puis j’enchaine des CDD jusqu’à ce que l’employeur ne reconduise pas le contrat pour inaptitude au travail. Bien oui ! Je suis handicapé à 80 % . Je devrais pouvoir toucher l’AAH ! S’en suivirent d’autres boulots précaires et épuisants. Puis j’ai réussi a être titularisé pour un travail ! J’ai posé des arrêts maladie, puis un accident de voiture du à la fatigue. Maintenant je suis en arrêt.

Les collègues me reprochent que je suis différent, ne veulent pas croire que je suis handicapé.

Mais maintenant que je suis titulaire, la direction cherche une solution pour me virer. On m’envoie voir l’assistante sociale. Elle me dit que vu mon état de santé, je devrais  toucher l’AAH ! QUELLE IRONIE ! Je n’ai pas d’AAH puisque les revenus de ma femme sont trop élevés ! Au SMIC !

Conclusion : dans 9 mois je serai licencié, sans salaire, et toujours sans mon AAH, pourtant accordée par la MDPH depuis 1997.

J’espère que le 17 juin, la loi sera votée pour qu’on ne prenne plus en compte les revenus du conjoint.
J’appauvris ma femme, j’ai fait plusieurs tentatives de suicide.

Manifester ça sert à rien , les courriers au gouvernement ne servent à rien, certains ne répondent même pas. Sans parler de l’hypocrisie de ceux qui sont nommés pour nous représenter et améliorer notre situation en France. Sur les groupes Facebook, certains font la grève de la faim mettant leur vie en danger,  mais rien ne bouge . 

Nous sommes laissés pour compte en 2021. Nous sommes le pays des droits de l’Homme. Je suis un citoyen de la République Française oublié, je suis révolté ! 

Catégories
Témoignage écrit

« Les conséquences sur ma santé ne valent vraiment pas 613€ par mois. »

J’ai 38 ans et j’ai droit à l’AAH. Après calcul de la CAF, mon allocation est de 0€. En effet, je suis mariée. Je travaille à mi-temps par obligation. Clairement, je travaille uniquement à cause de ce manque d’AAH, je n’ai pas le choix ! Et quoiqu’il en soit, je n’ai aucune indépendance, ni latitude financière.

Je suis dans un état tel qu’il m’est impossible d’avoir un semblant de vie « normale ». Je travaille en 2 jours non consécutifs évidement. Je ne me remets jamais entre les deux.

Je repousse continuellement mes limites.

Je souffre beaucoup et tout le temps. Mes heures de travail ne font qu’accentuer mes douleurs, donc ma fatigue. Je prends énormément sur moi pour supporter tout ça.

Je trouve cela injuste et révoltant d’être dans ma situation. Les conséquences sur ma santé ne valent vraiment pas 613€ par mois. 
Je gagne donc ce petit salaire au prix d’une fatigue extrême et de douleurs intolérables.

Si je prenais des antalgiques puissants en conséquence, je ne pourrais pas travailler bien évidement. 
Je n’ai pas de vie. Mes actions se résument à travailler et accomplir tant bien que mal le minimum de tâches ménagères. J’aimerais pouvoir me projeter, avoir des activités ! Mais mon état ne le permet pas. Je n’ai pas de vie familiale, je culpabilise beaucoup vis-à-vis de mes enfants (16 et 13ans). J’ai fait une croix sur quelconque ambition professionnelle par lucidité. J’aurais aimé ne pas passer à côté de ma vie.

Si j’avais l’opportunité d’avoir le luxe de ne pas travailler, je pourrais retrouver un semblant de santé. Mais ce n’est pas possible.

Depuis des années je subis, et l’idée d’individualiser l’AAH me paraît utopique. Peut-être cela deviendra réalité.

Catégories
Témoignage écrit

Aude : « Vivre est réservé à ceux qui travaillent ! »

Je suis en colère ce matin. Je ne comprendrai jamais pourquoi, chez un couple lambda qui travaille, on ne leur supprime pas l’un des deux salaires ! Parce qu’au fond c’est ce qu’ils font avec nous ! À moins que l’État considère que le handicap, c’est la belle vie et l’AAH de l’argent de poche…

Je ne comprendrai jamais leurs arguments alors je vais faire une mise au point.

Mon handicap, c’est un traitement très lourd contre la douleur qui n’est pas magique. Il ne me permet pas de marcher, de danser, de faire la fête, d’utiliser mon temps libre volé à la société pour vivre la belle vie. À cause de lui je dors 15h par jour pour une efficacité qui est loin d’être miraculeuse. La douleur est toujours là en permanence, 40/10 en période de crise neuropathiques et cela depuis 13 ans sans une journée de répit. J’ai deux heures de kiné à domicile par semaine + une heure d’activité physique adaptée par jour (ça c’est moi qui me l’impose pour ne pas me laisser rouiller par l’arthrose). Une psychologue tous les jeudis. Un infirmier tous les jours sans compter les rendez-vous à l’hôpital. 
Je ne me fais aucune illusion, je mourrai jeune. Le traitement que je prends est dangereux pour le cœur, affecte ma mémoire et mes problèmes d’équilibre peuvent entraîner un accident domestique à chaque instant. J’ai subi une sleeve pour que ma vie alitée ne me fasse pas prendre trop de poids. J’ai décidé ça le jour où je suis arrivée à 124 kg. Aujourd’hui je stagne autour de 100kg et surtout je ne grossis plus. Je dois me satisfaire de ça.

Avant l’erreur médicale qui m’a clouée au lit et parfois dans un fauteuil, j’avais une magnifique fille de 17 ans qui s’est suicidée alors que j’étais à l’hôpital. J’avais un boulot de rêve, je pesais 80 kg et j’avais un amant et des tas d’amis. Cette vie a entièrement disparue. Est-ce que c’est ce que je souhaitais ? Traîner au lit toute la journée devant la télé ? Évidemment que non. C’est à devenir folle.

Ma chambre est au rez-de-chaussée de mon immeuble. La fenêtre de ma chambre donne directement sur un parking, dès que j’ouvre ma fenêtre je respire les gaz d’échappement. Les voitures sont comme garées dans ma chambre, je peux les toucher de ma fenêtre. Je suis devenue asthmatique. Et ils appellent ça un appartement adapté.

Il n’y a aucun moyen d’y faire entrer mon fauteuil électrique pour le charger sans condamner l’accès à la salle de bain! Les courses : 10€ par semaine de frais de livraison, parce que par temps de pandémie je ne mettrai pas les pieds dans un supermarché et moi, les petits commerçants, je n’ai pas les moyens. Petit rappel : je vis avec 903,40€ par mois. Je paye 123 € d’électricité sans chauffer même l’hiver. 165€ de loyer (Caf déduite), 121€ d’assurance voiture. Sans compter la box, l’eau, le carburant, le téléphone portable, quelques vêtements bon marché une fois par an et bien sûr l’alimentaire, les produits d’entretien, d’hygiène et la literie que je dois changer tous les ans (eh oui quand on passe sa vie alitée).
Être handicapée c’est avoir mal en permanence, toujours entourée de personnels médical, une assistante de vie tous les jours, les amis qui s’éloignent ou vous reprochent votre condition sans même s’en rendre compte (où qu’on aille il faut que ce soit accessible, c’est pénible), une vie sociale réduite à néant, l’angoisse de mourir seule chez moi, l’angoisse que la machine à laver tombe en panne, et pour couronner le tout, aucune chance de rêver à une vie commune. Pas folle la guêpe la maltraitance en couple, j’ai connu, plus jamais ! Ce seul petit espoir, on me l’a retiré des mains avec des arguments indignes, des arguments qui ont plus de 40 ans ! J’en ai marre, là je craque. 

Si on me laissait mon AAH en couple, je serais maîtresse de ma vie comme aujourd’hui, à cette différence près que je me sentirais le droit de tomber amoureuse.

Pour le moment et jusqu’à ce que les choses changent, que les vieilles lois patriarcales de 45 ans d’âge ne m’obligent pas à accepter l’inacceptable en 2021, jamais je ne deviendrai dépendante d’un homme de toutes les façons possibles.

Vous m’avez eu ! J’ai plus la force de me battre contre vous. De l’énergie, j’en ai juste assez pour survivre ! Vous vous êtes permis de toucher à mon espoir de vivre !

Voilà ce que le gouvernement veut que l’on comprenne ? 
« Madame, survivez, ne vivez pas, vivre est réservé à ceux qui travaillent, à ceux qui ne souffrent pas ou pas assez pour ne plus pouvoir travailler ! Vous, vous pesez lourd sur la société, vous ne lui servez à rien, pourquoi on vous donnerait de quoi avoir le droit, la possibilité d’être heureuse ? »

Ça coûterait si peu cher de rendre la dignité aux 200 000 handicapés en couple. Ça vous coûterait quoi de nous donner le droit au rêve au delà de la souffrance et du travail à temps plein, jour et nuit qu’est le handicap.

Vous rendez-vous compte qu’on vous demande le droit de vivre?

Catégories
Témoignage écrit

Khalida : «Je n’ai plus de joie de vivre»

Je suis une personne qui s’est vue couper l’AAH ! Malheureusement dans mon couple, ça ne va plus. Je suis  au bout de ma vie. Être indépendante de mon conjoint n’est plus possible pour moi. Les personnes bénéficiant de l’AAH et en couple  sont punies moralement et physiquement !  Nous passons pour des moins que rien et j’en passe !

Nous n’avons pas demandé à être malades, nous sommes dans une souffrance terrible ! J’ai deux enfant en bas âge. Ils sont tous les deux autistes. Je n’ai plus de joie de vivre. Je ne peux plus vivre convenablement avec mes enfants. Je ne suis rien. J’ai lancé un appel à l’aide à la CAF. On m’a balancé : « Si vous n’êtes pas contente, écrivez au président ! » 

Catégories
Témoignage écrit

Soraya : «J’ai eu envie de mourir, oui mourir ! M’effacer pour les miens. Je n’avais plus rien à offrir»

Malgré le diagnostic de ma maladie orpheline en 2006, j’ai lutté des années pour continuer à travailler, jusqu’à empirer mon état… Je suis depuis reconnue handicapée et on m’a expliqué que je ne travaillerai plus. S’en est suivie une dépression car je ne pouvais accepter cette nouvelle vie. J’ai découvert le monde du handicap et c’est effrayant… Des démarches interminables et lourdes s’en suivirent. 

Je suis aujourd’hui dépendante physiquement de mon compagnon, car parfois il doit me laver. Il fait la cuisine avec nos deux filles, les courses, le ménage. Les revenus ayant baissé… J’ai donc fait la demande d’AAH contrainte et forcée. J’ai eu envie de mourir, oui mourir ! M’effacer pour les miens. Je n’avais plus rien à offrir, sauf la « charge d’une handicapée ». Plus de vacances, plus de cinéma, de restaurant. Cette allocation était tout de même la bienvenue pour mon foyer car nous sommes 4.

Ma cadette a eu 20 ans et là… deuxième claque ! Mon AAH était pour ainsi dire supprimée ! Je ne touche plus que 21€90 par mois car ma fille a eu 20 ans. Quel est le rapport ?!

Résultat, je me retrouve complètement dépendante de mon conjoint et de son salaire. Je me sens humiliée, inutile. Naïve, je pensais que c’était une allocation pour moi, pour compenser mon handicap, ma souffrance physique et psychologique, mais surtout pour le fait que je ne pourrai plus jamais travailler.

Et là, je découvre que ce n’est absolument pas ça ! La CAF considère que c’est un revenu ! Hallucinant ! La loi m’enlève tout ce qui me restait : ma dignité, et c’est insupportable ! La loi m’enlève mon indépendance.

À 52 ans, j’ai le sentiment d’être mise sous tutelle, et c’est insupportable.

Jamais je n’aurais imaginé qu’on puisse nous traiter aussi mal. Récemment, j’ai reçu un courrier envoyé par le département, pour me signaler à la mairie de ma commune comme personne vulnérable… J’ai jeté ce papier par colère ! Et par honte… Il faut absolument nous rendre notre droit à l’autonomie, à l’individualité. Je ne veux plus être une charge pour mon compagnon, il en fait déjà tant ! 

J’espère que mon témoignage permettra de vous faire comprendre ce qu’est pour nous l’AAH.

Catégories
Témoignage écrit

Nathalie : «J’étais prête à lui rendre sa liberté»

J’ai 54 ans,  en accès à la propriété d’une petite maison de plein pied (adaptée à mes difficultés) que l’on a fait construire loin de la ville. Je souffre de plusieurs pathologies évolutives auto-immunes, qui me mèneront au fauteuil roulant. J’ai aussi été victime d’errance de diagnostic… Je souffre horriblement chaque jour et chaque nuit, et cela sans presque aucun répit, et ce toute l’année. Il me faut du calme, éviter le stress, la contrariété et l’angoisse; comme toutes les personnes atteintes de pathologies similaires. Le pire dans tout cela, est de devoir affronter la déchéance d’un corps qui se transforme radicalement et rapidement. Mon corps sur qui je ne peux plus compter, qui me lâche un peu plus chaque jour.

À cause des pathologies dont je souffre, je ne peux plus exercer le métier de soignante spécialisée auprès des personnes âgées. S’entendre dire qu’il fallait oublier mon travail que j’aimais beaucoup, et surtout l’idée de travailler.

Qu’il me fallait avoir le courage d’annoncer à mon mari qu’il sera obligé de renoncer à tous les projets que l’on avait fait ensemble. Que la femme qu’il avait épousée ne serait plus jamais la même. Que l’avenir à mes côtés serait dorénavant très difficile à vivre et que j’étais prête à lui rendre sa liberté même si mon amour pour lui était IMMENSE . 

Après plus de 8 mois d’attente entre le moment de l’envoi de la demande d’AAH et la réception de la réponse, quelle ne fut pas ma surprise de constater que le comble de l’absurdité était atteint ! La CAF prenait en compte le salaire de mon conjoint pour calculer le montant de mon allocation !  Malheureusement pour nous, afin de m’aider à toutes les tâches du quotidien, mon mari a du prendre sa retraite anticipée. C’est pour lui perte de 600,00€ ! De ce fait, je perçois actuellement un peu plus de 400,00€ !

Il nous faut sans cesse calculer au plus juste :         

  • Plus de coiffeur, de maquillage, de parfum ni de vêtements neufs!
  • Fini les 5 fruits et légumes frais par jour.
  • Oublié le traitement non remboursé par la Sécurité Sociale pour limiter mes douleurs d’arthrose. 
  • Plus de cadeaux pour nos petits enfants pour leurs anniversaires, Noël et Pâques.
  • Une vie sociale limitée au maximum : plus de sorties, loisirs et vacances.
  • Plus de dépenses liées à l’entretien de la maison.

Moi qui était une femme indépendante, aujourd’hui, non seulement je dépends physiquement mais surtout financièrement de mon époux !

Quel ressenti croyez-vous que j’ai de devoir quémander à mon mari l’autorisation de m’acheter des culottes car les miennes sont usées ?  Pensez-vous que je vive sereinement ? Que se passera-t-il si mon époux m’abandonne ? Comment voulez vous que mon corps ne me fasse pas souffrir, puisque je vis en permanence avec l’angoisse qu’il ne nous arrive pas un imprévu qui nous mette dans le rouge à la banque ? Comment voulez vous que je ne passe pas mes nuits de souffrances à culpabiliser ? Qu’à cause de mon état de santé, mon époux se retrouve affublé d’une personne qui vit à ses crochets? 

J’ai la chance d’avoir un mari compréhensif et aimant, une famille aimante et de merveilleux petits enfants plein de vie qui sont mon moteur ! Car sinon en étant réaliste, actuellement qu’est-ce qui pourrait me pousser à continuer de poursuivre une vie faite de souffrances et de privations ? Je vous laisse la réflexion de juger de ma logique, encore faut-il avoir envie de se mettre à ma place ! Ce que je ne souhaite pas même à mon pire ennemi !

Catégories
Témoignage écrit

Martine : « Je ne veux pas que ma fille handicapée vive la même dépendance que moi »

Bonjour, je m’appelle Martine. J’ai 59 ans, je suis reconnue travailleur handicapé entre 50 et 80 %. Je suis éligible à l’AAH, mais, mariée, mon mari a une retraire de 2300 euros donc je ne touche absolument rien. Sachant que si l’on regarde bien cela fait 1150 euros chacun en divisant par deux sa retraite, donc même pas un SMIC. Mais je ne peux pas calculer comme ça, car cet argent c’est le sien et pas le mien. Il doit donc m’entretenir et subvenir à mes besoins qui ne sont pas forcément les mêmes pour lui et moi.

Je n’ai pas la possibilité d’être indépendante et autonome dans ma vie et je me sens comme les femmes des années 50 et 60 qui n’avaient aucun droit sans leurs maris !

Il y a certainement des gens que ça ne gêne pas. Pour moi c’est une souffrance. Je me sens prisonnière de mes maladies et de mon handicap et prisonnière de ma dépendance financière, double peine.

Faute d’avoir mon propre argent je n’ai qu’un forfait téléphone à 2 euros et une carte de retrait seulement à ma banque, pas de carte de payement par dignité de ne pas demander. J’ai tout pris au moins cher, voilà ce que ça donne d’être dépendante. Demander pour ci, demander pour ça, je ne supporte pas et je préfère ne pas demander c’est pour moi une fierté et une liberté. Heureusement que je ne suis pas une femme battue ou soumise, elles doivent vivre un calvaire encore plus que moi.

J’ai commencé à travailler à 16 ans après mon BEPC dans la boulangerie familiale, mon parcours de travail s’est achevé par la naissance de mes trois enfants et je n’ai donc pas assez de trimestres pour prétendre à la retraite anticipée. Si je pouvais travailler comme avant, je ne demande que ça et donne volontiers mon handicap. Je suis courageuse. J’ai fait des ménages et j’ai été ASH en maison de retraite, des métiers physiques qui ont été le déclenchement d’une opération de hernie discale, fibromyalgie, centre anti-douleur, opération du cœur il y a trois ans et je suis encore sous traitement, hypertension, et les médocs qui me détruisent les intestins.

J’ai tenté de reprendre le travail à temps plein après mes opérations du dos, mais c’était impossible. Je n’ai pas d’autre choix que d’avoir l’AAH.

Ma dernière fille est elle aussi handicapée, une maladie de naissance génétique et orpheline. Assumer le handicap de son enfant est un parcours qui n’est pas du tout facile : la paperasse, les RDV médicaux, quand on espère enfin trouver le bon médecin et on doit répéter les mêmes choses des centaines de fois avec son enfant à ses côtés, qui aussi les vit et revit ces moments. La mise en place des besoins spéciaux à l’école, et l’administration… la bataille avec la MDPH quand l’enfant passe à l’âge adulte et comme si cela faisait disparaître sa maladie… une hérésie… une bataille de tous les jours.

Finalement ma fille travaille en tant qu’handicapée, avec des adaptations, elle vit seule et la réflexion de sa vie amoureuse et de couple est marquée par cette non individualisation de l’AAH.

Je me bats donc aussi pour elle et toutes et tous ces jeunes qui j’espère verront les choses changer dès maintenant !

Catégories
Témoignage écrit

Maud : « J’ai été une jeune femme indépendante à l’âme féministe durant des années, celle-ci ne me reconnaîtrait pas »

J’accepte, avec joie j’allais dire, de livrer mon témoignage, tant j’ai besoin d’être reconnue et comprise. J’ai quelques scrupules à parler de ma vie, parce que cela ne dévoile pas seulement un peu de la mienne, mais j’essaie par cette démarche que mes mots incarnent le plus justement possible la vie qui est la mienne, parce que je devine qu’elle doit ressembler un peu à celles d’autres personnes qui sont dans cette situation de dépendance financière.

Je me permets de vous en dire un peu plus sur moi en espérant que vous pourrez l’utiliser comme un matériau, l’invisibilité étant pour moi devenue multiple (parler et entendre m’épuise, difficile de s’exprimer dans ce cas…). Une maladie auto-immune de la jonction neuromusculaire et une surdité bilatérale devenue sévère interagissent et m’épuisent facilement, elles conditionnent ma vie de tous les jours et me font culpabiliser. Je cache cela dans mes colères, dans ma tristesse, et je me perds souvent dans des tâches domestiques qui prennent mon énergie, alors que j’aime lire par dessus tout, chose que je ne fais plus dans la journée sans une dose de culpabilité.

J’ai fini par me rendre compte que j’essayais de me rendre utile chez moi le même nombre d’heures que mon mari devait passer devant ses collégiens, parce que les 240 euros par mois d’AAH que l’on m’attribue ont fini par abîmer la femme que je suis devenue. Pourtant j’ai été une jeune femme indépendante à l’âme féministe durant des années, celle-ci ne me reconnaîtrait pas. 

Mon mari a découvert quand j’ai eu droit à l’AAH, qu’il avait aussi droit à 40€ de prime à l’activité, ce qui nous a permis d’apprendre à des personnes que cette prime n’était pas réservée aux salaires inférieurs et proches du Smic. Ainsi ont-elles compris qu’un prof de collège marié à une femme handicapée, tous deux parents d’une presque lycéenne, ne sont pas bien nantis et doivent compter davantage que leurs collègues. Tout ça ne nous a pas fait du bien avec le temps et les raisons pour faire naître les conflits ne manquent pas. 

Cette prise en compte des salaires de mon mari est devenue un véritable opprobre au quotidien, elle agit comme un poison dans nos relations, elle me met en position de faiblesse et renforce le sentiment de dévalorisation qui est le mien.

Chaque fois qu’une chose augmente, qu’il faut faire face à des dépenses imprévues, je me sens coupable. Alors je gère avec une main de fer, me prive au maximum – je suis restée des mois et des mois sans appareillage auditif – je fais les comptes de près, je dépense toujours au mieux, alors quand j’entends mon mari s’étonner qu’on soit à découvert avant le 20 du mois, je souffre terriblement, on se dispute et j’entends souvent des phrases telles que « mais je ne dépense rien moi ? ». Ce qui me rappelle que je ne gagne quasiment rien, et que le fait de gérer et décider des dépenses, afin d’y arriver le mieux possible, me fait devenir celle qui dépense.

Cette souffrance psychologique n’est pas moins délétère que de vivre avec une maladie rare et un handicap sensoriel, deux choses qui sont en moi et que j’affronte malgré tout, plus facilement que le fait de voir dans quelle impasse tout ça m’a amenée. Car je suis, malgré les humiliations, obligée de reconnaître que ma qualité de vie a augmenté, je mange de meilleurs produits, je vis dans une maison mieux chauffée, que lorsque que j’ai dû subvenir à mes besoins seule, la précarité alors était partout dans ma vie. Je vivais des situations très anxiogènes, mais j’avais une meilleure estime de moi. Aujourd’hui je suis un peu plus à « l’abri », même si nous sommes restés locataires par prudence. J’ai repris des forces physiques, mais la dépression me guette et je ne sais pas si je pourrais continuer à vivre en couple, j’en doute de plus en plus.

Je m’arrête là car vous n’êtes pas mon psy, même si votre appel m’a fait un bien fou. J’espère que les arguments et témoignages d’autres personnes finiront par faire prendre conscience aux décideurs que le couple est soumis à de rudes épreuves, l’amour et l’empathie ne font pas toujours barrage à ce que la société renvoie et propose aux personnes handicapées. Je pense que mon mari a souffert de certaines questions, remarques, incompréhensions récurrentes, et après 19 ans de vie commune et un handicap qui s’est s’ajouté à la maladie, après un véritable combat pour obtenir l’AAH fin 2019, le mode de calcul et son injustice nous ont paru invraisemblables.

Ce mode a encouragé des tensions : s’il fait des heures supplémentaires, je le prends contre moi, puisque si lui gagne plus, moi je « gagne » – ou plutôt je reçois – moins ! Celui qui travaille et fait vivre sa famille quand l’autre ne travaille pas voit toujours sa fatigue être valorisée. Ma propre fille parfois me rappelle que je ne peux pas subvenir à nos besoins, ou si peu, alors je perds en crédibilité quand je demande de l’aide… Je sais au fond que cette situation injuste la révolte en tant que future femme, nous arrivons à en parler dans le calme et sans pathos, mais quelle énergie gâchée et vies abîmées. 

Merci pour tout ce que vous faites et l’espoir que vous m’avez donné aujourd’hui. Quand j’aurai retrouvé des forces mentales, et si je peux aider dignement ma famille, je m’autoriserai à prendre le temps de faire ce qu’on appelle des choses pour soi. Je m’en voudrai moins d’imposer une vie ralentie à ceux que j’aime, j’aurai moins peur de l’avenir, je serai moins démunie et davantage dans la vie, nous pourrons vivre mieux tous les trois, matériellement comme affectivement. C’est ça aussi un mode de calcul qui respecte l’homme ou la femme dont on dit vouloir rendre la vie plus simple.

Maud