Catégories
Témoignage écrit

Léa : « L’avenir est difficilement envisageable, de peur de ne jamais pouvoir me mettre en couple, puis vivre à deux »

Je vis avec ma pathologie depuis mes 5 ans, et perçois l’AAH depuis ma majorité. L’avenir est difficilement envisageable, de peur de ne jamais pouvoir me mettre en couple, puis vivre à deux.

J’ai peur que mon éventuel copain n’accepte pas d’assumer des dépenses qui initialement ne doivent pas être faites par lui, peur d’être rejetée.

C’est douloureux de me dire qu’en plus de porter le poids conséquent qu’est mon problème de santé sur mes épaules, je peux aussi être un poids pour quelqu’un d’autre.

Je crains aussi énormément les conflits que cela pourrait générer, donc je ne veux pas faire de rencontres.

J’ai toujours été indépendante, et vivre « entretenue » par mon conjoint est inconcevable pour moi.

Catégories
Témoignage écrit

Rabah : « A ce moment-là ma femme devra subvenir à mes besoins. »

Je suis un traumatisé crânien suite à un grave accident de la route. Même ma femme a du mal à comprendre mon état de santé…

Je perçois l’AAH pour le moment à taux plein mais cela s’arrêtera dans quelques années et à ce moment-là ma femme devra subvenir à mes besoins.

Pour l’instant, les enfants sont encore sous notre toit et je peux contribuer financièrement. Mais lorsque le sujet de l’argent est abordé dans nos disputes de couple, je subis des attaques verbales.

Elles me touchent au plus profond de moi, je me demande alors pourquoi je me suis marié et ai fondé une famille. Je n’arrive même plus à apprécier d’être papa.

Alors, imaginez ce que cela sera lorsque je ne percevrai plus d’AAH, je voudrai disparaître de ce monde injuste car, oui, il n’y a que des injustices pour les personnes pauvres comme moi.

Catégories
Témoignage écrit

«Je dois donc payer le prix de ce projet, prendre tous les risques pour me retrouver en situation de dépendance financière totale »

Il y a 15 ans, je vivais ma première véritable histoire d’amour. 
Lui, âgé de 3 ans de plus que moi, a eu un passé bien difficile, de chantiers d’insertion en logements précaires. Moi, j’ai tout juste 18 ans, une maladie génétique qui m’handicape à 80% et me rend entièrement dépendante à certains moments de ma vie.

Tous les deux, on décide d’écrire une nouvelle page ensemble, pour s’en sortir.

C’est mon premier logement car je vis encore chez mes parents. J’effectue les démarches de mon côté, je fais mes études et travaille dès que j’en ai l’occasion, l’AAH me permet de payer un loyer et quelques factures. Lui enchaîne sur quelques missions d’intérim, puis plus rien. Il n’a pas de quoi payer les factures, puis il n’a plus aucun revenu. On se renseigne pour qu’il puisse faire une demande de RSA. Refusée tout net…

Pas de cumul AAH & RSA…

C’est injuste, on est déjà en situation précaire à tenter de joindre les deux bouts, et ça s’empire… On vit à deux sur mon AAH, soit 900 euros, et la situation entre nous se dégrade largement.

Des disputes, des insultes, et parfois même, de la violence physique. Il me met en tête que je suis incapable de gérer le logement, qu’il en fait trop, que s’il part je ne m’en sortirai pas… Et insidieusement il arrive à me le faire croire. La situation m’échappe…

Je lui demande de partir, il part quelques jours… Je me déclare seule à la CAF, imaginant que cette situation va prendre fin, mais je n’arrive pas à m’en sortir. De son côté, il effectue une demande de RSA alors qu’il est hébergé à titre gratuit. Mais il revient… Il ne participe pas financièrement à mon logement, et étant au bord du gouffre, dans les périodes où il revient à la maison, on sait qu’on a une épée de Damoclès au dessus de la tête.

C’est une grande source de stress pour moi qui mène la barque comme je le peux. On vit de cette manière durant 3 ans… Puis contrôle de la CAF, c’est la descente aux enfers, toute ma vie est épluchée, nous sommes humiliés car traités comme des resquilleurs… Je démontre pourtant que j’assume seule mon logement et que la notion de couple ne peut être retenue, mais ce n’est pas le point de vue de la CAF puisque il lui arrive de donner mon adresse comme lieu de domicile… Nous sommes condamnés à devoir rembourser plus de 2 500 euros…

Je me retrouve à devoir justifier de ce « couple » que je subis tellement.

Cette épreuve me met plus bas que terre. Et désormais il ne veut plus partir. Pourtant je le mets au pied du mur, je ne veux plus de cette vie là, mais il revient toujours chez moi, dès que les personnes qui l’accueillent souhaitent le mettre dehors. Je vis un enfer, et ma maladie me rend vulnérable, et dans ces moments, c’est la seule personne sur qui je peux compter. Je me dis qu’il va trouver un emploi et que cela lui permettra de trouver un logement mais les mois s’écoulent et on se cache, on se dissimule, la honte et la peur d’un nouveau contrôle. Je suis sous emprise, dans une spirale infernale, je fais des crises d’angoisse quotidiennement. L’année suivante il retrouve un emploi en intérim, l’espoir renaît. Je trouve le courage de partir de mon logement en lui mettant un ultimatum : je ne rentrerai que quand il sera parti… Il part, je me retrouve seule, c’est très difficile mais je suis libérée.

Cette expérience de la vie de couple m’a traumatisée. Car au delà des aléas propres au handicap, à la vie à deux, les règles de l’ AAH m’ont conduite à être dans une situation de dépendance, et même si je n’étais pas dépendante de lui, il l’était de moi, l’effet est le même. 

Aujourd’hui je me suis remise de cette histoire, autant qu’on puisse l’être. J’ai rencontré quelqu’un de bien depuis quelques mois, et on aimerait vivre ensemble, sauf qu’il travaille sur Paris, et que si on souhaite mener notre projet à bien, je vais devoir quitter tout ce que j’ai pour le rejoindre, retour à la case départ, et en prime, mon AAH sera supprimée, puisque il touche un salaire moyen pour la région parisienne mais qui, pour la CAF, est trop élevé (1600 euros).

Je dois donc payer le prix de ce projet, prendre tous les risques pour me retrouver en situation de dépendance financière totale en plus de la lourdeur de la maladie à gérer.

Pour lui, c’est déjà pas un cadeau mais là, c’est carrément du masochisme ! Cette loi nous pousse à vivre seul, à rester chez nos parents ou à aller en institution spécialisée, ça ne va pas dans le sens de l’épanouissement de la personne. Je m’estime chanceuse d’être dans un pays qui me permette de pouvoir « m’autoriser » à vivre en prenant en compte que je ne peux pas travailler autant que quelqu’un de valide.

Mais allons plus loin, le désir de tout un chacun est de pouvoir construire un foyer, être autonome, pouvoir travailler, construire un projet, et croyez nous, nous nous battons chaque jour dans ce sens ! 

Catégories
Témoignage écrit

Maud : « J’ai été une jeune femme indépendante à l’âme féministe durant des années, celle-ci ne me reconnaîtrait pas »

J’accepte, avec joie j’allais dire, de livrer mon témoignage, tant j’ai besoin d’être reconnue et comprise. J’ai quelques scrupules à parler de ma vie, parce que cela ne dévoile pas seulement un peu de la mienne, mais j’essaie par cette démarche que mes mots incarnent le plus justement possible la vie qui est la mienne, parce que je devine qu’elle doit ressembler un peu à celles d’autres personnes qui sont dans cette situation de dépendance financière.

Je me permets de vous en dire un peu plus sur moi en espérant que vous pourrez l’utiliser comme un matériau, l’invisibilité étant pour moi devenue multiple (parler et entendre m’épuise, difficile de s’exprimer dans ce cas…). Une maladie auto-immune de la jonction neuromusculaire et une surdité bilatérale devenue sévère interagissent et m’épuisent facilement, elles conditionnent ma vie de tous les jours et me font culpabiliser. Je cache cela dans mes colères, dans ma tristesse, et je me perds souvent dans des tâches domestiques qui prennent mon énergie, alors que j’aime lire par dessus tout, chose que je ne fais plus dans la journée sans une dose de culpabilité.

J’ai fini par me rendre compte que j’essayais de me rendre utile chez moi le même nombre d’heures que mon mari devait passer devant ses collégiens, parce que les 240 euros par mois d’AAH que l’on m’attribue ont fini par abîmer la femme que je suis devenue. Pourtant j’ai été une jeune femme indépendante à l’âme féministe durant des années, celle-ci ne me reconnaîtrait pas. 

Mon mari a découvert quand j’ai eu droit à l’AAH, qu’il avait aussi droit à 40€ de prime à l’activité, ce qui nous a permis d’apprendre à des personnes que cette prime n’était pas réservée aux salaires inférieurs et proches du Smic. Ainsi ont-elles compris qu’un prof de collège marié à une femme handicapée, tous deux parents d’une presque lycéenne, ne sont pas bien nantis et doivent compter davantage que leurs collègues. Tout ça ne nous a pas fait du bien avec le temps et les raisons pour faire naître les conflits ne manquent pas. 

Cette prise en compte des salaires de mon mari est devenue un véritable opprobre au quotidien, elle agit comme un poison dans nos relations, elle me met en position de faiblesse et renforce le sentiment de dévalorisation qui est le mien.

Chaque fois qu’une chose augmente, qu’il faut faire face à des dépenses imprévues, je me sens coupable. Alors je gère avec une main de fer, me prive au maximum – je suis restée des mois et des mois sans appareillage auditif – je fais les comptes de près, je dépense toujours au mieux, alors quand j’entends mon mari s’étonner qu’on soit à découvert avant le 20 du mois, je souffre terriblement, on se dispute et j’entends souvent des phrases telles que « mais je ne dépense rien moi ? ». Ce qui me rappelle que je ne gagne quasiment rien, et que le fait de gérer et décider des dépenses, afin d’y arriver le mieux possible, me fait devenir celle qui dépense.

Cette souffrance psychologique n’est pas moins délétère que de vivre avec une maladie rare et un handicap sensoriel, deux choses qui sont en moi et que j’affronte malgré tout, plus facilement que le fait de voir dans quelle impasse tout ça m’a amenée. Car je suis, malgré les humiliations, obligée de reconnaître que ma qualité de vie a augmenté, je mange de meilleurs produits, je vis dans une maison mieux chauffée, que lorsque que j’ai dû subvenir à mes besoins seule, la précarité alors était partout dans ma vie. Je vivais des situations très anxiogènes, mais j’avais une meilleure estime de moi. Aujourd’hui je suis un peu plus à « l’abri », même si nous sommes restés locataires par prudence. J’ai repris des forces physiques, mais la dépression me guette et je ne sais pas si je pourrais continuer à vivre en couple, j’en doute de plus en plus.

Je m’arrête là car vous n’êtes pas mon psy, même si votre appel m’a fait un bien fou. J’espère que les arguments et témoignages d’autres personnes finiront par faire prendre conscience aux décideurs que le couple est soumis à de rudes épreuves, l’amour et l’empathie ne font pas toujours barrage à ce que la société renvoie et propose aux personnes handicapées. Je pense que mon mari a souffert de certaines questions, remarques, incompréhensions récurrentes, et après 19 ans de vie commune et un handicap qui s’est s’ajouté à la maladie, après un véritable combat pour obtenir l’AAH fin 2019, le mode de calcul et son injustice nous ont paru invraisemblables.

Ce mode a encouragé des tensions : s’il fait des heures supplémentaires, je le prends contre moi, puisque si lui gagne plus, moi je « gagne » – ou plutôt je reçois – moins ! Celui qui travaille et fait vivre sa famille quand l’autre ne travaille pas voit toujours sa fatigue être valorisée. Ma propre fille parfois me rappelle que je ne peux pas subvenir à nos besoins, ou si peu, alors je perds en crédibilité quand je demande de l’aide… Je sais au fond que cette situation injuste la révolte en tant que future femme, nous arrivons à en parler dans le calme et sans pathos, mais quelle énergie gâchée et vies abîmées. 

Merci pour tout ce que vous faites et l’espoir que vous m’avez donné aujourd’hui. Quand j’aurai retrouvé des forces mentales, et si je peux aider dignement ma famille, je m’autoriserai à prendre le temps de faire ce qu’on appelle des choses pour soi. Je m’en voudrai moins d’imposer une vie ralentie à ceux que j’aime, j’aurai moins peur de l’avenir, je serai moins démunie et davantage dans la vie, nous pourrons vivre mieux tous les trois, matériellement comme affectivement. C’est ça aussi un mode de calcul qui respecte l’homme ou la femme dont on dit vouloir rendre la vie plus simple.

Maud